L’essentiel à retenir
Les tiques s’accrochent à la peau du chien et du chat pour se nourrir de sang et peuvent transmettre plusieurs maladies graves comme la maladie de Lyme, la piroplasmose ou l’ehrlichiose. La meilleure protection repose sur trois gestes : un antiparasitaire adapté toute l’année, une inspection systématique du pelage après chaque sortie et un retrait rapide à l’aide d’un tire-tique. Cette page vous donne la marche à suivre, espèce par espèce, du printemps à l’automne (et même en hiver doux).
Tiques chez le chien et le chat : pourquoi ce n’est pas qu’une simple piqûre
Les tiques ne sont pas des insectes mais des acariens, cousins éloignés des araignées. Avant 2015, on les rencontrait surtout au printemps et en automne. Aujourd’hui, à cause des hivers plus doux, on en attrape parfois en plein janvier dans le sud de la France. Selon l’ESCCAP (European Scientific Counsel Companion Animal Parasites, le groupe d’experts européens qui édite les recommandations vétérinaires), la fenêtre d’activité s’étend désormais sur 9 à 10 mois par an dans la plupart des régions.
Pour comprendre le risque, il faut garder une chose en tête : la tique ne pique pas pour pomper du sang en quelques secondes. Elle s’ancre dans la peau pendant 2 à 7 jours, et c’est pendant cet ancrage qu’elle régurgite éventuellement des agents pathogènes (bactéries, parasites unicellulaires) dans la circulation sanguine de votre animal. Plus le retrait est rapide, plus le risque de transmission diminue.
Côté volume, on parle bien d’un sujet de masse : selon les chiffres de Santé publique France, près d’un chien sur trois aurait été en contact avec une tique au cours de sa vie. Pour les chats, l’exposition est plus faible mais loin d’être négligeable, surtout chez les chats à accès extérieur.
Reconnaître une tique sur son animal (et savoir où regarder)
Avant gorgement, une tique adulte mesure 2 à 5 mm. Elle ressemble à une petite verrue brune ou grise, plate, à huit pattes (quatre de chaque côté). Une fois remplie de sang, elle gonfle, devient gris-bleu et peut atteindre 1 à 1,5 cm. C’est souvent à ce stade qu’on la repère.
Trois espèces dominent en France :
- Ixodes ricinus : la tique des bois, présente partout, principal vecteur de la maladie de Lyme (borréliose, une infection bactérienne).
- Dermacentor reticulatus : la tique du chien, surtout transmettrice de la piroplasmose (babésiose, une infection par un parasite des globules rouges).
- Rhipicephalus sanguineus : la tique brune du chien, plus commune dans le sud, vecteur de l’ehrlichiose.
Les zones préférées des tiques sur l’animal sont celles où la peau est fine et chaude : intérieur des oreilles, contour des yeux, pli du cou et du collier, aisselles, aine, espaces entre les doigts. Le passage de la main contre le sens du poil permet de les sentir au toucher. Bon réflexe à acquérir, surtout après une balade en forêt ou dans des hautes herbes.
Quelles maladies transmettent vraiment les tiques ?
Toutes les tiques ne transmettent pas systématiquement une maladie. Mais certaines régions sont plus à risque que d’autres et la prudence reste de mise dans tous les cas. Voici un récapitulatif des principales maladies vectorielles (c’est à dire transmises par un vecteur, ici la tique) à connaître.
| Maladie | Animal concerné | Agent en cause | Délai des symptômes | Signes typiques |
|---|---|---|---|---|
| Maladie de Lyme (borréliose) | Chien (rare chez le chat) | Bactérie Borrelia burgdorferi | 2 à 5 mois | Boiterie intermittente, fièvre, fatigue, douleurs articulaires |
| Piroplasmose (babésiose) | Chien (très rare chez le chat) | Parasite Babesia canis | 7 à 21 jours | Abattement brutal, fièvre, urines foncées dites « porto », anémie |
| Ehrlichiose | Chien et chat | Bactérie Ehrlichia canis ou E. felis | 8 à 20 jours | Fièvre, perte d’appétit, saignements (gencives, nez), ganglions gonflés |
| Anaplasmose | Chien et chat | Bactérie Anaplasma phagocytophilum | 1 à 2 semaines | Fièvre, léthargie, boiterie, plaquettes basses |
| Hémobartonellose (mycoplasmose féline) | Chat | Mycoplasma haemofelis | Plusieurs semaines | Anémie, gencives pâles, fatigue marquée |
| Cytauxzoonose | Chat (rare en Europe) | Cytauxzoon felis | 5 à 14 jours | Fièvre élevée, jaunisse, état grave très rapide |
Pour mémoire, certaines de ces maladies (Lyme, anaplasmose) peuvent aussi toucher l’humain. La tique, elle, se moque de savoir qui elle pique.
Prévenir les morsures de tiques : ce qui marche vraiment
La prévention repose sur trois piliers complémentaires : un traitement antiparasitaire adapté, une gestion du milieu de vie et une inspection régulière.
Côté antiparasitaires, les vétérinaires recommandent une protection en continu pendant la saison à risque, qui peut couvrir presque toute l’année dans le sud. Les molécules sont nombreuses (fluralaner, sarolaner, fipronil, perméthrine pour le chien) et chacune a ses contraintes. Vous trouverez le tableau comparatif des grandes catégories juste après. Le sujet rejoint la stratégie globale décrite dans notre guide sur la protection antiparasitaire du chien.
Côté environnement, on limite les zones humides et boisées dans le jardin, on tond régulièrement la pelouse, on coupe les ronces et on évite les amas de feuilles mortes (cachettes idéales pour la tique). Si vous habitez à proximité d’une forêt ou d’un parc régional, la pression parasitaire reste élevée même avec un jardin nickel.
Côté inspection, le bon rythme : à chaque retour de balade dans les zones à risque et au minimum une fois par semaine pour les chiens et chats à accès extérieur. Cela ne prend que quelques minutes une fois le geste pris.
À noter : un vaccin contre la piroplasmose existe pour le chien (Pirodog ou Nobivac Piro selon les régions). Il ne dispense pas du traitement antiparasitaire, mais réduit la gravité des cas en zone à très forte exposition (Sud-Ouest, Auvergne, Bourgogne notamment). Discutez-en avec votre vétérinaire.
Tableau comparatif des solutions antiparasitaires
| Forme | Durée d’action | Atouts | À surveiller | Espèces |
|---|---|---|---|---|
| Pipette spot-on | 3 à 4 semaines | Simple à appliquer entre les omoplates, large couverture (puces et tiques) | Ne pas baigner l’animal 48 h après, certaines pipettes chien sont toxiques pour le chat (perméthrine) | Chien et chat (formules dédiées) |
| Collier antiparasitaire | 6 à 8 mois | Action longue durée, intéressant pour les chiens à fort risque | Risque d’étranglement (préférer les modèles avec sécurité), efficacité variable selon la chaleur et les bains | Chien et chat |
| Comprimé oral | 1 à 3 mois selon la molécule | Pas affecté par les bains ni la baignade, action rapide après morsure | Sur ordonnance, coût plus élevé, contre-indications neurologiques chez certains chiens (épileptiques) | Chien (et chat pour quelques molécules) |
| Spray | Variable, courte | Utile en complément ou pour les jeunes animaux | Application longue, odeur, risque d’inhalation | Chien et chat |
| Vaccin (piroplasmose) | Rappel annuel | Réduit la sévérité de l’infection | Réservé au chien, complémentaire d’un antiparasitaire (jamais en remplacement) | Chien |
Attention au cas particulier du chat : la perméthrine, molécule très utilisée chez le chien, est mortelle pour le chat même à faible dose. Ne jamais utiliser une pipette chien sur un chat, même si l’on pense diviser la dose. Cette erreur entraîne chaque année plusieurs centaines d’intoxications recensées par les Centres antipoison vétérinaires. Pour les solutions naturelles ou complémentaires, voyez notre comparatif des anti-puces naturels pour chien, qui couvre aussi quelques pistes anti-tiques douces.
Retirer une tique en 5 étapes (sans casser la tête)
Si vous trouvez une tique fixée, le réflexe est de la retirer immédiatement, mais avec la bonne méthode. Une mauvaise manipulation augmente le risque de transmission.
- Préparez le matériel : un tire-tique (petit crochet plastique vendu en pharmacie ou chez le vétérinaire) ou à défaut une pince à tiques fine. Ajoutez un antiseptique non agressif type chlorhexidine.
- Glissez le crochet au ras de la peau, entre la peau et le corps de la tique. Pas besoin d’écraser ni de tirer.
- Tournez doucement dans le sens horaire, comme si vous dévissiez une vis. Trois à cinq tours suffisent.
- La tique se détache d’elle-même avec son rostre (la pièce buccale qui s’enfonce dans la peau). Si elle reste accrochée, recommencez tranquillement.
- Désinfectez le point de morsure, puis observez la zone pendant 3 semaines.
Ce qu’il ne faut SURTOUT pas faire : appliquer de l’éther, de l’alcool, de l’huile, de la vaseline ou approcher une allumette. Ces méthodes « de grand-mère » stressent la tique, qui régurgite alors massivement dans la plaie. Le risque de transmission grimpe d’un coup.
Et si la tête reste coincée ? Pas de panique. Désinfectez et laissez faire la peau, qui l’expulse en quelques jours comme une écharde. Si une rougeur persistante ou une boule apparaît au bout de 10 jours, consultez.
Après la morsure : la fenêtre de surveillance de 21 jours
La plupart des morsures se passent sans suite. Mais c’est pendant les trois semaines qui suivent que se manifestent la majorité des maladies vectorielles. Le bon réflexe : noter la date de la morsure et tenir une mini-surveillance.
Les signes à observer chaque jour pendant 21 jours :
- Comportement : abattement inhabituel, fatigue persistante, refus de jouer.
- Appétit : baisse marquée ou refus total de manger.
- Démarche : boiterie qui apparaît puis disparaît, raideur, difficultés à se lever.
- Urines : couleur foncée, « rouge porto » (signe d’urgence pour la piroplasmose).
- Gencives : pâleur, saignements spontanés.
- Température : fièvre au-dessus de 39,2 °C chez le chien adulte, 39,5 °C chez le chat.
Une simple photo de la zone de morsure prise 24 h après le retrait, puis à J+7 et J+15, aide énormément le vétérinaire si un doute apparaît plus tard. Petit geste qui change tout, parfois.
Quand consulter le vétérinaire en urgence
La consultation s’impose dès qu’un des signaux suivants apparaît dans les semaines après une morsure :
- Fièvre supérieure à 39,5 °C ou hypothermie.
- Urines foncées ou rouges.
- Abattement brutal, animal qui ne se lève plus.
- Saignements (gencives, nez, sang dans les selles).
- Boiterie nouvelle, douleurs articulaires.
- Gencives pâles ou jaunes (ictère).
La piroplasmose notamment est une urgence absolue : sans traitement, l’animal peut mourir en 48 à 72 heures. Un test sanguin rapide en clinique confirme le diagnostic et un traitement antiparasitaire spécifique (imidocarbe) sauve l’animal dans la grande majorité des cas s’il est administré tôt.
Différences clés entre chien et chat face aux tiques
Même si tiques et morsures concernent les deux espèces, il y a quelques nuances importantes à connaître.
Côté risque, les chiens sont plus exposés (balades répétées en milieu naturel, comportement qui les amène à fouiller buissons et taillis). Les chats à accès extérieur sont aussi concernés mais le risque global reste plus faible.
Côté maladies, le chien collectionne plus de pathologies vectorielles connues : Lyme, piroplasmose, ehrlichiose, anaplasmose. Le chat développe plus rarement la maladie de Lyme et la piroplasmose, mais reste sensible à l’ehrlichiose, à l’hémobartonellose (un parasite qui détruit ses globules rouges) et, plus rarement, à la cytauxzoonose.
Côté traitements, on ne mélange jamais les produits. La perméthrine est mortelle pour le chat. Plusieurs comprimés très efficaces chez le chien n’ont pas d’équivalent félin. Et le chat avale moins facilement un comprimé : pipette ou collier sont souvent plus pratiques pour lui.
Pour aller plus loin sur la prise en charge spécifique du chat, consultez notre guide dédié tique chez le chat : comment la retirer sans risque. Pour la stratégie globale antiparasitaire du chien, l’article vermifuge chien couvre la dimension vers digestifs en complément des protections externes. Vous trouverez aussi d’autres conseils dans nos rubriques chiens et chats.
FAQ : questions fréquentes sur les tiques chien et chat
Une tique morte ou tombée seule représente-t-elle un danger ?
Si la tique s’est gorgée puis est tombée, elle a déjà été en contact avec le sang de l’animal. Le risque de transmission existe potentiellement, surtout si elle est restée plus de 24 heures. Surveillez votre compagnon pendant 21 jours et notez la date estimée du contact.
Que faire si la tique semble enkystée sous la peau ?
Une boule rouge ou rosée peut apparaître au point de morsure dans les jours qui suivent : c’est souvent une réaction inflammatoire normale, pas une tique enkystée (la tique ne s’enfonce pas réellement sous la peau). Si la boule persiste plus de 15 jours, augmente, ou si l’animal la lèche en continu, demandez un avis vétérinaire.
Les tiques peuvent-elles passer de mon animal à moi ?
Oui, indirectement. Une tique non gorgée peut quitter votre chien pour vous, et certaines maladies (Lyme, anaplasmose) sont zoonotiques, c’est à dire transmissibles à l’humain. Manipuler les tiques avec un tire-tique sans les écraser est la précaution de base.
À quelle fréquence faut-il appliquer un antiparasitaire ?
Cela dépend du produit : 3 à 4 semaines pour une pipette, 6 à 8 mois pour un collier, 1 à 3 mois pour un comprimé. La règle d’or : ne jamais laisser de « trou » entre deux applications pendant la saison à risque.
Le vaccin contre la piroplasmose suffit-il à protéger mon chien ?
Non. Le vaccin réduit la sévérité des cas mais n’empêche pas la morsure ni l’infection. Il vient en complément du traitement antiparasitaire, pas à la place.
Est-ce que je peux donner à mon chat un produit antiparasitaire vendu pour chien ?
Jamais sans validation vétérinaire. Plusieurs molécules très courantes chez le chien (perméthrine notamment) sont toxiques voire mortelles pour le chat. La règle : un produit chien sur un chien, un produit chat sur un chat.
Sources et références
- ESCCAP France, recommandations 2025 sur les tiques et maladies vectorielles chez le chien et le chat.
- ANSES, dossier « Tiques et maladies vectorielles ».
- AFVAC (Association Française des Vétérinaires pour Animaux de Compagnie), guides cliniques.
- Manuel Vétérinaire Merck, chapitres « Borreliosis » et « Babesiosis in dogs ».
- PubMed, méta-analyses récentes sur la piroplasmose canine.
- CHV Frégis, fiches client maladies vectorielles.


