Tique chien : un parasite minuscule, mais qui peut transmettre des maladies graves comme la maladie de Lyme, la piroplasmose ou l’ehrlichiose. Bonne nouvelle, ces trois maladies se préviennent très bien quand on connaît les bons réflexes. Ce guide vous explique comment reconnaître les signaux d’alerte, retirer une tique sans aggraver la situation et protéger votre chien toute l’année.
Les tiques sont des acariens (cousins éloignés des araignées) qui se nourrissent de sang. Elles guettent leur hôte dans les hautes herbes, les sous-bois, les jardins, parfois même en ville. Et chez le chien, leur morsure ne se limite pas à un bouton qui démange. Une tique infectée peut transmettre un agent pathogène, c’est-à-dire un micro-organisme (bactérie ou parasite microscopique) responsable d’une maladie. C’est ce mécanisme qu’on appelle la transmission vectorielle.
Avant d’entrer dans le détail des trois maladies que toute personne ayant un chien devrait connaître, un mot rapide sur le déroulement d’une morsure.
Comment une tique infecte un chien
La tique grimpe sur son hôte, choisit un endroit où la peau est fine (cou, oreilles, aisselles, entre les coussinets) et plante son rostre (sorte de harpon buccal) dans la peau. Elle reste accrochée plusieurs jours, parfois jusqu’à une semaine, et gonfle au fur et à mesure qu’elle se gorge de sang.
C’est pendant ce repas sanguin que tout se joue. Si la tique est porteuse d’un agent pathogène, elle le régurgite dans la circulation du chien. Le délai varie selon la maladie : la piroplasmose peut être transmise en quelques heures, alors que la maladie de Lyme demande généralement entre 24 et 48 heures de fixation pour passer dans le sang. D’où l’intérêt de retirer rapidement chaque tique trouvée sur l’animal.
En France, trois espèces de tiques sont concernées en pratique : Ixodes ricinus (très commune dans les forêts et prairies), Dermacentor reticulatus (responsable de la majorité des piroplasmoses) et Rhipicephalus sanguineus (la tique dite « du chenil », présente surtout dans le Sud).
Les trois maladies transmises par les tiques au chien
La maladie de Lyme (borréliose)
Provoquée par une bactérie de la famille Borrelia burgdorferi, la maladie de Lyme est la zoonose vectorielle la plus connue. Chez le chien, l’incubation est longue (de plusieurs semaines à plusieurs mois après la morsure), ce qui rend le diagnostic difficile. Tous les chiens infectés ne développent pas de symptômes : on estime qu’environ 5 à 10 % des chiens exposés tombent réellement malades.
Quand la maladie se déclare, elle se manifeste par une boiterie intermittente (l’articulation touchée change d’un jour à l’autre), une fatigue inhabituelle, de la fièvre, parfois une perte d’appétit. Dans les formes les plus sévères, la maladie peut atteindre les reins et provoquer une néphrite, qui reste rare mais grave.
La piroplasmose (babésiose canine)
Voilà la plus redoutée des trois. La piroplasmose est due à un parasite microscopique, Babesia canis, qui s’attaque directement aux globules rouges du chien. Le parasite les détruit en grand nombre, provoquant une anémie sévère (chute du nombre de globules rouges).
Les symptômes apparaissent vite, souvent entre 2 et 7 jours après la morsure infectante : abattement profond, refus de manger, urines très foncées (couleur thé, signe caractéristique), fièvre, muqueuses pâles ou jaunâtres. Sans traitement rapide, l’évolution peut être fatale en quelques jours.
Bonne nouvelle : un traitement existe (l’imidocarbe, injecté par le vétérinaire) et fonctionne très bien s’il est administré tôt. Mauvaise nouvelle : le délai entre les premiers signes et le moment où le chien est trop affaibli est court. On parle ici en heures, pas en jours.
L’ehrlichiose
Causée par une bactérie (Ehrlichia canis) transmise principalement par Rhipicephalus sanguineus, l’ehrlichiose est surtout présente dans le Sud de la France et le pourtour méditerranéen. Elle évolue en plusieurs phases, parfois sur plusieurs mois, ce qui en complique le diagnostic.
La phase aiguë associe fièvre, abattement, saignements (du nez en particulier), parfois des troubles oculaires. Vient ensuite une phase silencieuse pendant laquelle le chien semble guéri. Si l’infection n’a pas été traitée, une phase chronique peut survenir des mois ou des années plus tard, avec atteinte de la moelle osseuse. C’est la forme la plus difficile à soigner.
Tableau comparatif des trois maladies
| Maladie | Agent | Incubation | Signes clés | Gravité |
|---|---|---|---|---|
| Lyme | Bactérie Borrelia | 2 à 5 mois | Boiterie changeante, fatigue, fièvre | Modérée, risque rénal rare |
| Piroplasmose | Parasite Babesia | 2 à 7 jours | Urines foncées, abattement, anémie | Très élevée si non traitée |
| Ehrlichiose | Bactérie Ehrlichia | 1 à 3 semaines | Fièvre, saignements, fatigue | Sévère en phase chronique |
À noter : une quatrième maladie, l’anaplasmose (due à Anaplasma phagocytophilum), gagne du terrain en France depuis une dizaine d’années. Elle ressemble cliniquement à l’ehrlichiose et se traite avec les mêmes antibiotiques.
Reconnaître les symptômes d’une maladie transmise par une tique
Certains signes doivent vous alerter dans les jours ou les semaines qui suivent une promenade en zone à risque, surtout si vous avez retiré une tique sur votre chien :
- Abattement ou changement de comportement (chien qui ne joue plus, qui dort beaucoup)
- Fièvre (température rectale au-dessus de 39,2 °C chez le chien adulte) ; pour aller plus loin, voir notre guide sur la fièvre du chien et ce qu’elle signale
- Perte d’appétit brutale
- Urines foncées ou couleur thé (signe d’alerte majeur, évoque la piroplasmose)
- Boiterie sans cause traumatique évidente, surtout si elle change de patte
- Muqueuses pâles (gencives, intérieur des oreilles)
- Saignements inhabituels (nez, gencives) ou taches violacées sur la peau
Devant l’un de ces signes, et a fortiori si plusieurs se cumulent, direction le vétérinaire. Pour la piroplasmose, ne jouez pas la montre : un retard de 24 heures peut suffire à faire basculer le pronostic.
Retirer une tique en toute sécurité
La méthode est simple, à condition d’utiliser le bon outil. Le tire-tique (ou crochet à tique) coûte quelques euros en pharmacie ou chez le vétérinaire et fait largement l’affaire.
Marche à suivre :
- Glissez le crochet à plat contre la peau du chien, jusqu’à coincer la tique entre les deux dents de l’outil.
- Tournez doucement, comme pour dévisser, sans tirer brutalement vers le haut. Deux ou trois tours suffisent.
- La tique se détache d’elle-même, rostre compris.
- Désinfectez la zone avec un antiseptique doux (chlorhexidine).
- Notez la date dans un coin de votre tête (ou de votre téléphone) et surveillez le chien pendant deux à trois semaines.
Ce qu’il ne faut jamais faire : appliquer de l’éther, de l’alcool, de l’huile ou approcher une flamme. Ces gestes font régurgiter la tique, ce qui augmente le risque de transmission. C’est exactement l’inverse de l’effet recherché.
Si la tête reste plantée dans la peau (cela arrive si on tire trop vite), désinfectez et laissez l’organisme l’expulser tout seul, comme une petite écharde. Un nouveau passage chez le vétérinaire n’est utile qu’en cas d’inflammation locale persistante.
Prévention : protéger son chien des tiques toute l’année
Les antiparasitaires externes
Trois grandes catégories de produits existent, toutes disponibles en pharmacie ou chez le vétérinaire selon le statut du médicament :
- Pipettes spot-on : application mensuelle sur la peau, à la base du cou. Pratiques, efficaces, parfois sensibles à l’eau (vérifier la notice avant baignade).
- Colliers : action prolongée (de 4 à 8 mois selon les marques). Solution intéressante pour les chiens qui vivent beaucoup dehors, à condition que l’animal le supporte.
- Comprimés à mâcher : protection systémique d’un mois ou trois mois. La tique meurt en se nourrissant du chien, généralement avant d’avoir transmis l’agent pathogène. Particulièrement adaptés aux chiens nageurs ou aux familles avec jeunes enfants.
Pour aller plus loin sur les approches complémentaires, vous pouvez consulter notre dossier dédié à l’anti-puce naturel pour chien, qui aborde aussi le cas des tiques. Et notre guide général sur la prévention des morsures de tiques détaille les protocoles selon les saisons.
Les vaccins disponibles
Deux maladies disposent d’un vaccin homologué en France : la maladie de Lyme (vaccin protéine OspA, à renouveler chaque année) et la piroplasmose (à renouveler tous les 6 à 12 mois selon la zone). Ces vaccins ne remplacent jamais un bon antiparasitaire, ils s’ajoutent à la stratégie globale pour les chiens à très haut risque (chasse, randonnée, vie en zone endémique).
Pour faire le point sur la couverture vaccinale globale de votre animal, voyez notre article sur les vaccins obligatoires pour chien en 2026.
Les gestes du quotidien
Aucun produit n’est efficace à 100 %. C’est l’addition des bonnes habitudes qui fait la différence :
- Inspecter le chien après chaque sortie en zone à risque, en passant les doigts dans le pelage à rebrousse-poil. Insister sur le cou, les oreilles, les aisselles, l’aine, entre les coussinets.
- Éviter les hautes herbes pendant les pics d’activité des tiques (printemps et début d’automne).
- Tondre les zones de jardin où le chien aime se reposer.
- Penser à vermifuger régulièrement en parallèle : les tiques ne sont qu’une partie du tableau des parasites. Voir notre guide complet sur le vermifuge chien pour caler un calendrier adapté à votre animal.
Cas particuliers : chiot, chien âgé, chien immunodéprimé
Tous les chiens ne réagissent pas pareil. Le chiot de moins de 3 mois reste fragile face aux maladies vectorielles, son système immunitaire n’est pas encore mature. Le chien âgé, lui, peut faire des formes plus sévères, en particulier de piroplasmose, parce que sa moelle osseuse régénère moins vite les globules rouges détruits.
Les chiens sous traitement immunosuppresseur (corticoïdes au long cours, chimiothérapie) nécessitent une vigilance renforcée. Parlez-en à votre vétérinaire avant la belle saison pour adapter le protocole antiparasitaire.
Foire aux questions
Toutes les tiques transmettent-elles la maladie de Lyme ?
Non. Seules les tiques porteuses de la bactérie Borrelia peuvent transmettre la maladie, et leur taux d’infection varie de 5 à 30 % selon les régions et les saisons. C’est pour cela qu’on ne traite jamais « préventivement » une morsure isolée chez le chien : on surveille les symptômes.
Combien de temps une tique doit-elle rester accrochée pour transmettre une maladie ?
Cela dépend de la maladie. La piroplasmose peut se transmettre en quelques heures de fixation, tandis que la maladie de Lyme demande généralement 24 à 48 heures. Plus on retire la tique tôt, plus on réduit le risque, sans jamais le ramener à zéro.
La piroplasmose est-elle mortelle ?
Oui, sans traitement rapide. Avec une prise en charge vétérinaire dans les 24 à 48 heures suivant l’apparition des premiers signes, le pronostic est généralement bon. Le délai est donc le facteur clé.
Peut-on attraper la maladie de Lyme par son chien ?
Pas directement. La maladie de Lyme ne se transmet ni par le contact, ni par les caresses, ni par la salive du chien. En revanche, votre chien peut ramener des tiques à la maison, qui pourront ensuite mordre un humain. La vigilance vaut donc pour toute la famille.
Faut-il continuer la prévention en hiver ?
Oui, surtout dans la moitié sud de la France. Les hivers doux permettent à certaines espèces de tiques de rester actives toute l’année, et la piroplasmose se voit aujourd’hui aussi en décembre ou en février. Une protection continue est recommandée par la plupart des vétérinaires.


